02/06/2017

Le livre qui a réenchanté votre vie

Une équipe de la Libre Belgique a interrogé plusieurs auteurs à la Foire du Livre de Bruxelles, leur demandant d'évoquer un livre qui a réenchanté leur vie. Je faisais partie des interviewés avec Bernard Werber, Eva Joly, Kim Thuy et Philippe Claudel. J'ai naturellement parlé de mon cher Patrick O'Brian. Pour visionner les vidéos, cliquez ICI.

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12:18 Écrit par Thomas Lavachery dans ACTU, Interviews, Mes lectures | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/04/2017

L'or de Cajamalca: un chef-d'oeuvre

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L'école des loisirs ressort L'or de Cajamalca de Jacob Wasserman, joliment traduit par François Mathieu. La première édition, chez le même éditeur, remontait à 1989. C'est un roman court, limpide, sur le choc et surtout l'incompréhension entre deux mondes, celui des Incas et celui des Espagnols au moment de la conquête. Le personnage d'Atahualpa, l'Inca, regarde Pizarro et ses hommes avec un trouble extraordinaire. Il perd toute capacité d'agir, sa révolte est tuée dans l'âme, devant leur violence vulgaire, leur avidité, cette folie de la possession qui est la marque de l'Occident: notre vice héréditaire. Rarement un ouvrage m'a laissé un tel sentiment de vertige. Sur le même sujet, des livres bien plus imposants et documentés n'atteignent pas leur but avec la même force que Wasserman et son Or de Cajamalca. Un sommet de maîtrise, de sensibilité, un regard d'une acuité médiumnique...

P.S. Merci à mon ami Maurice Lomré, qui m'a mis ce sacré bouquin entre les mains.

Jaccob Wasserman, L'or de Cajamalca, Paris, L'école des loisirs, coll. Médium poche, 2015, 5,80 euros.

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Jacob Wasseman (1873-1934)

16:56 Écrit par Thomas Lavachery dans ACTU, Mes lectures | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/09/2014

Mes 50 livres préférés

L’autre jour, mon amie Kitty m’a envoyé, ainsi qu’à d’autres, la liste des livres favoris du grand réalisateur japonais Hayao Miyazaki. Cela m’a donné l’envie d’établir la mienne. Pour tout lecteur compulsif, ce type de liste est une manière de bilan – et un exercice très amusant à faire, même s’il est difficile.

Avant de vous livrer mes cinquante titres, quelques précisions. Il s’agit bien de mes livres préférés, pas des ouvrages que j’estimerais être, « objectivement », les plus grands de l’histoire de la littérature. Proust ne figure pas dans ma liste, ni Balzac, ni Kafka, ni Shakespeare… pas plus que Molière ou Cervantès ! Mon classement est hautement subjectif. Les livres de mon choix sont ceux qui ont trouvé le plus grand écho en moi, pour des raisons qui me restent parfois obscures. Ils ont imprégné ma sensibilité d’enfant, d’adolescent, d’homme ; ils ont contribué à me fabriquer, à m’éduquer dans le plus beau sens du mot. Pour la plupart, je les ai relus maintes fois. Les très rares que je n’ai dévoré qu’à une seule reprise, comme Ma vie d’enfant (Enfance), de Gorki, sont des découvertes récentes. 

Il ne faudrait pas croire que le classement proposé – de 1 à 50 – soit tout à fait réfléchi. Je ne voulais pas passer des heures à remonter tel titre, à descendre tel autre… pour changer d’avis le lendemain. Cela m’a paru une vaine entreprise. Certes, l'ordre choisi n’est pas tout à fait arbitraire, sans quoi La Chartreuse de Parme, mon livre favori, ma référence absolue, ne figurerait pas en première place – mais ce ordre n’a pas pour autant la valeur d’un rigoureux hit-parade littéraire.

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Stendhal, my favourite

Dans mes choix, les romans occupent la première place, et de loin. Mais j’ai aussi retenu des essais, des récits, une correspondance, un recueil de poésie, un album pour enfant, une BD… Il n’était pas question de me limiter à un seul genre littéraire. J'ajoute que Miyazaki m'ouvrait la voie en faisant figurer dans sa liste les merveilleux Souvenirs entomologiques de Fabre.

J’avoue avoir triché en une poignée d’occasions sur les livres à suites. Je ne pouvais me résoudre à utiliser trois places pour l’ensemble des aventures de D’Artagnan, quatre pour Le Quatuor d’Alexandrie, encore moins vingt pour la saga de mon cher Jack Aubrey. Dès lors, j’ai audacieusement regroupé plusieurs titres derrière un même numéro, considérant qu’ils composaient une seule et même œuvre. J’espère qu’on me pardonnera cette petite entorse à la règle. J’aimerais d'ailleurs savoir si Miyazaki, en plaçant Les trois mousquetaires en cinquième position dans son palmarès, ne songeait pas également à Vingt ans après et au Vicomte. Il faudrait le lui demander.

Pour terminer, je formule cette évidence : ma liste est provisoire. De nouvelles découvertes m’attendent, Dieu merci, qui viendront certainement bouleverser mon classement. Cela dit, certains ouvrages que j’ai découverts avant 20 ans – Moby Dick, Moonfleet… – m’ont laissé une telle empreinte que je les crois indéboulonnables.

Cette liste, je l’ai établie égoïstement, pour mon propre plaisir. Si cependant elle pouvait conduire un petit nombre d’entre vous à découvrir l’un ou l’autre des titres qui la composent, je serais comblé. 

 

Mes 50 livres préférés :

1.La chartreuse de Parme, Stendhal

2.Les Trois mousquetaires (et suites), Alexandre Dumas

3.Moby Dick, Herman Melville

4.Le Rouge et le noir, Stendhal

5.Guerre et paix, Léon Tolstoï

6.Lucien Leuwen, Stendhal

7.Le comte de Monte-Cristo, Alexandre Dumas

8.Les aventures de Jack Aubrey, Patrick O’Brian

9.Moonfleet, J.M. Falkner

10.L’île au trésor, R.L. Stevenson

11.Au cœur des ténèbres, Joseph Conrad

12.Cyclone à la Jamaïque, Richard Hugues

13.Mémoires d’Hadrien, Marguerite Yourcenar

14.Le quatuor d’Alexandrie, Lawrence Durrell

15.Au-dessous du volcan, Malcolm Lowry

16.Le hussard sur le toit, Jean Giono

17.Tristes tropiques, Claude Lévi-Strauss

18.Narcisse et Goldmund, Hermann Hesse

19.Christine Lavransdatter, Sigrid Undset

20.Enlevé ! R.L. Stevenson

21.L’agent secret, Joseph Conrad

22.Ma vie d’enfant, Maxime Gorki

23.La steppe, Anton Tchékhov

24.Souvenirs de la maison des morts, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski

25.Jeunesse, Joseph Conrad

26.Chroniques italiennes, Stendhal

27.Vie d’Henri Brulard, Stendhal

28.Le romancero gitan, Federico Garcia Lorca

29.Le livre de la jungle, Rudyard Kipling

30.La ferme des animaux, George Orwell

31.Deux ans de vacances, Jules Verne

32.Martin Eden, Jack London

33.L’ancre de miséricorde, Pierre Mac Orlan

34.Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, Selma Lagerlöf

35.Autobiographie ou mes expériences de vérité, Mohandas Karamchand Gandhi

36.Quartier nègre, George Simenon

37.A l’est d’Eden, John Steinbeck

38.La création chez Stendhal, Jean Prévost

39.Pan, Knut Hamsun

40.Bilbo le Hobbit, J.R.R. Tolkien

41.L’île, Robert Merle

42.Lawrence Durrell Henri Miller, correspondance 1935-1980

43.Le cinéma selon Alfred Hitchcock, François Truffaut

44.Les immémoriaux, Victor Segalen

45.L’Île de Pâques, Alfred Métraux

46.Les Indes noires, Jules Verne

47.L’Île mystérieuse, Jules Verne

48.Samovar et Baculot dans… Parade des diplodocus, Samivel

49.Mauss, Art Spiegleman

50.La trilogie des tripodes, John Christopher

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10:53 Écrit par Thomas Lavachery dans Mes lectures | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/07/2014

Ode à Patrick O’Brian

Image du bonheur :

Une petite maison battue par les vents, sur une côte sauvage. Par la fenêtre, à travers la brume mouvante, j’aperçois l’horizon marin. Je suis assis dans un bon et loyal fauteuil, au coin du feu, un chat sur les genoux. Un cigare éteint, canon endormi, repose sur une tablette en bois, à côté d’un verre de porto vieux. Conscient de cet environnement parfait, je suis néanmoins très loin de là, au large de Sydney, de Poulo Prabang, de Tristant Da Cuna…  J’arpente les rues de Capetown, de Rio ou de Port Mahon en compagnie de mes amis Jack Aubrey et Stephen Maturin (mes « amis », quelle prétention !). Je suis plongé dans un roman de Patrick O’Brian.

J’ai découvert O’Brian il y a de cela cinq ou six ans. Sa série maritime, Les Aventures de Jack Aubrey (20 volumes), est devenue pour moi comme une seconde vie, vers laquelle je retourne régulièrement. Je n’ai jamais montré d’assiduité pour quelque vice que ce soit. Je fume peu, j’ai à peine touché au haschich, je ne bois qu’à l’occasion, toujours en compagnie et sans excès… La lecture de O’Brian aura été ma seule drogue durable. Je n’imagine plus l’existence sans ses livres. Si une malédiction effaçait l’œuvre bénie de la surface terrestre, je me retrouverais orphelin, et mon équilibre intime pourrait en être menacé, parole ! Jack, Stephen, Diana, Sophie, Killick, Bonden, Sir Joseph Blane et les autres sont aujourd’hui dans mes pensées journalières, placés sur le même plan, à peu de chose près, que mes meilleurs amis de chair et de sang.
Il est des auteurs que j’admire plus que Patrick O’Brian, génies supérieurs que l’objectivité me fait placer à des hauteurs inatteignables, même par lui. Cependant, il est et restera mon préféré – l’inventeur de la nourriture romanesque la mieux adaptée à mon cœur et à mon âme.
Je sais partager ma passion avec beaucoup d’hommes et de femmes de par le monde, et, parmi eux, Keith Richards. Cette proximité dans l’admiration avec le plus grand des Stones me ravit positivement.
J’ai dévoré deux fois et demie toute la série, une fois seulement dans l’ordre. Aujourd’hui, lorsque j’ai terminé un volume, je passe à autre chose. Je lis quatre, cinq… dix bouquins, avant que l’envie, le besoin lancinant ne se manifeste à nouveau. Une chaleur sourde irradie de mon plexus solaire ; je sais alors que je reprendrai bientôt du service sur le HMS Surprise.

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Patrick O'Brian (1914-2000)

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Les aventures de Jack Aubrey, le volume 2 de l'intégrale parue chez Omnibus

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O'Brian par David Levine

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Russel Crowe dans Master and Commander, très belle adaptation due à Peter Weir

 

10:19 Écrit par Thomas Lavachery dans Mes lectures | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/03/2014

5 coups de coeur

A l'occasion de la sortie de Trois histoires de Jojo de la jungle et de la rencontre organisée par la librairie Joli Mai, j'avais choisi 5 livres ou oeuvres coups de coeurs. Je vous propose ci-dessous les textes qui étaient rassemblés dans un petit livret à l'usage des visiteurs. Le premier, un éloge de Patrick O'Brian, figure déjà sur ce blog ; les quatre autres sont dédiés respectivement à Steinunn Sigurdardóttir, à Mario Ramos, au beau tandem Astrid Lindgren-Kitty Crowther et enfin à Raymond Macherot...

Partick O’Brian

Image du bonheur :

Une petite maison battue par les vents, sur une côte sauvage. Par la fenêtre, à travers la brume mouvante, j’aperçois l’horizon marin. Je suis assis dans un bon et loyal fauteuil, au coin du feu, un chat sur les genoux. Un cigare éteint, canon endormi, repose sur une tablette en bois, à côté d’un verre de porto vieux. Conscient de cet environnement parfait, je suis néanmoins très loin de là, au large de Sydney, de Poulo Prabang, de Tristant Da Cuna…  J’arpente les rues de Capetown, de Rio ou de Port Mahon en compagnie de mes amis Jack Aubrey et Stephen Maturin (mes « amis », quelle prétention !). Je suis plongé dans un roman de Patrick O’Brian.

J’ai découvert O’Brian il y a de cela cinq ou six ans. Sa série maritime, Les Aventures de Jack Aubrey (20 volumes), est devenue pour moi comme une seconde vie, vers laquelle je retourne régulièrement. Je n’ai jamais montré d’assiduité pour quelque vice que ce soit. Je fume peu, j’ai à peine touché au haschich, je ne bois qu’à l’occasion, toujours en compagnie et sans excès… La lecture de O’Brian aura été ma seule drogue durable. Je n’imagine plus l’existence sans ses livres. Si une malédiction effaçait l’œuvre bénie de la surface terrestre, je me retrouverais orphelin, et mon équilibre intime pourrait s’en trouver menacé, parole ! Jack, Stephen, Diana, Sophie, Pullings, Killick, Bonden, Sir Joseph Blane et les autres sont aujourd’hui dans mes pensées journalières, placés sur le même plan, à peu de chose près, que mes meilleurs amis de chair et de sang.

Il est des auteurs que j’admire plus que Patrick O’Brian, génies supérieurs que l’objectivité me fait placer à des hauteurs inatteignables, même par lui. Cependant, il est et restera mon préféré – l’inventeur de la nourriture romanesque la mieux adaptée à mon cœur et à mon âme.

Je sais partager ma passion avec beaucoup d’hommes et de femmes de par le monde, et, parmi eux, Keith Richards. Cette proximité dans l’admiration avec le plus grand des Stones me ravit positivement.

J’ai dévoré deux fois et demie toute la série, une fois seulement dans l’ordre. Aujourd’hui, lorsque j’ai terminé un volume, je passe à autre chose. Je lis quatre, cinq… dix bouquins, avant que l’envie, le besoin lancinant ne se manifeste à nouveau. Une chaleur sourde irradie de mon plexus solaire ; je sais alors que je reprendrai bientôt du service sur le HMS Surprise.

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Le grand, l'immense Patrick O'Brian 

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Steinunn Sigurdardóttir

J’ai rencontré Steinunn Sigurdardóttir à Vernon (Eure), lors d’un salon du livre. Je suis allé lui chercher un verre de vin, lors du premier déjeuner, et nous avons sympathisé. J’ai parlé de Sigrid Undset, de ma passion ancienne pour Christine Lavransdatter, Olaf Audunssœn… ; elle a évoqué certains romanciers scandinaves d’aujourd’hui dont j’ignorais tout ou presque, à ma grande honte. Régis Boyer, l’éminent spécialiste des cultures du Nord, traducteur d’Ibsen et des sagas islandaises dans la Pléiade, le « monsieur Vikings » en France, mangeait à une table voisine avec l’homme qu’il présente comme son disciple. Steinunn connaît Boyer, car il a traduit certains de ses textes. 

À la fin du salon, j’ai offert un de mes livres à Steinunn, qui m’a aussitôt rendu la pareille. C’est ainsi que j’ai eu la chance de plonger dans Le cheval soleil, roman poétique, à la fois très maîtrisé et zinzin. La narratrice retrouve un ancien amant après des années… une histoire séduisante, certes, mais qui ne fait pas le poids à côté des moments familiaux. La famille, centre du cosmos, et ces divinités opposées que sont Haraldur, le Père, et Ragnhildur, la Mère. Le premier, en bout de course, bientôt mort, est le bon dieu ; la seconde est un être fantasque, revêche, méchant à l’occasion, égoïste, brillant, tendre, protecteur, furieusement indépendant… un monstre romanesque à faire pâlir de jalousie tes confrères, chère Steinunn.

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Steinunn

Le Petit Guili, de Mario Ramos

Le dernier album de Mario traite de la tyrannie. Il aurait plu à Stephen Maturin, héros de mon cher Patrick O’Brian, qui ne cesse de répéter à son ami Jack, capitaine de vaisseau, seul maître à bord après Dieu, que le pouvoir pervertit même les meilleurs hommes.

Pour Le Petit Guili, Mario avait choisi la technique du collage, inhabituelle chez lui. Les contours colorés, presque fades, les teintes pastel, de même que le titre de l’album, si enfantin, contrastent avec la gravité du thème et l’humour pessimiste de la chute (que j’adore). C’est comme si Mario, par ces divers moyens, avait cherché à contrebalancer la tonalité de son texte.

Il est rare, dans un album, qu’un dessin ressorte au point d’évincer tous les autres, pourtant excellents. Le roi sur sa terrasse, surplombant le spectacle d’une guerre que nous ne voyons pas, est une image qui restera. Nous pourrions la retrouver dans d’autres contextes, sur des affiches, illustrant la couverture d’un magazine d’actualité… Tout est parfait dans la composition, et ces jets rouges – des flammes ? du sang ? – qui viennent éclabousser le bas du mur… un coup de génie ! J’ai songé à John Ford travaillant sur La Piste des Mohawks. Il devait tourner une énorme scène de bataille, qu’il repoussait de jour en jour, s’attirant les foudres de son producteur, le célèbre Darryl Zanuck. Finalement, il congédia les centaines de figurants et plaça Henry Fonda tout seul contre un mur. L’acteur, stimulé par les questions de Ford, improvisa le récit de la bataille. La scène possède une force suggestive irremplaçable. Comme l’image de Mario.

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Lutin veille, de Astrid Lindgren et Kitty Crowther 

Rarement j’ai eu envie à ce point d’entrer dans l’univers d’une histoire, de partager les lieux arpentés par un héros. C’est un livre d’atmosphère, délicat et poignant à la fois. Le lutin veille sur la ferme, il parle aux bêtes durant la nuit et ne fréquente jamais les hommes. Sa langue est silencieuse, les animaux la comprennent, mais il ne reçoit pas de réponse. Son statut le condamne à une forme de solitude dont il ne semble pas trop souffrir, encore que… 

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Astrid Lindgren, la maman de Fifi Brindacier

Le texte de Astrid Lindgren, avec ses répétitions, vous prend doucement aux tripes. Et les illustrations de Kitty sont magiques. Lumière lunaire, halos de la lampe portative, reflets sur la neige, décors et personnages… tout est juste, évident, et chaque dessin exerce sur le lecteur une troublante séduction. Quant au lutin, il est étonnant. Il ne s’écarte pas, graphiquement, du stéréotype, et pourtant on n’en a jamais vu de pareil. Je suis fou de ces rides horizontaux imaginés par Kitty, qui font au personnage comme une peau en bouchon. Ses expressions subtiles et ses attitudes nous révèlent ses sentiments, ses états d’âme, au millipoil. Il faut être sacrément fort pour réussir ça, et c’est impensable sans une compréhension intime du texte qu’on illustre. Ce dernier verbe est d’ailleurs impropre : Kitty n’a pas illustré Astrid Lindgren, elle a réveillé un conte endormi.

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Notre grande Kitty

Raymond Macherot, une intégrale

S’il fait figure de petit maître de la BD franco-belge, les connaisseurs, eux, ne s’y trompent pas. Hergé et Franquin le tenaient pour un grand ; ils le citaient tous les deux dans la petite liste de leurs confrères préférés. Marcherot, c’est le dessinateur des bois et des champs. Parmi les bédéistes, Maurice Tillieux était le plus fin observateur des villes, des faubourgs ; lui aura été le peintre de la campagne. 

Le Lombard est en train de publier l’intégrale de Chlorophyle, et voilà bien une riche idée ! Le premier recueil, surtout, vaut le détour. Il comprend les trois chefs-d’œuvre de Macherot (selon mon humble opinion) : Chlorohyle et les conspirateurs, Pas de salami pour Célimère et Chlorophyle contre les rats noirs. Les scénarios sont au poil, rythmés. Les petits héros cavalent, bondissent, plongent dans l’eau, virevoltent – Macherot avait le crayon dynamique.  

Après ces trois premières histoires, le dessin s’arrondit, perdant un peu de son mordant, et puis les animaux portent tout à coup des vêtements, se mettent à conduire des voitures... Les albums qui suivent restent très bon, bien sûr, mais la série perd une partie de son charme. 

Macherot est un poète, disent ses admirateurs. C’est vrai. Ses ambiances nous enchantent. Et d’abord celle des terriers, où le mobilier se réduit à presque rien, où la déco se limite à un timbre poste collé au mur… N’est-il pas vrai, frères humains, qu’une part de nous aimerait vivre dans l’un de ces petits refuges éclairés à la lumière des lucioles ?

Poète, oui, mais pas mièvre pour un sou, le père Macherot. Son méchant rat, Anthracite, est un psychopathe ; souvenez-vous de la scène où il s’apprête à torturer Torpille, la loutre, avec une guêpe attachée au bout d’une branche… L’armée des rats noirs, hérissée de bâtons à clous, de lames de rasoir, est une autre image d’anthologie.

J’ai possédé une planche de Macherot, du temps où je travaillais dans un magasin de BD, place Fernand Cocq. Je l’ai vendue il y a des lustres. Besoin d’argent ou pulsion stupide, je ne sais plus. En tout cas je m’en mords les doigts.

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Raymond Macherot

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25/05/2013

Mes 15 romans (pour tous) préférés

On a tendance à beaucoup catégoriser les livres – et d’abord en fonction de l’âge idéal de leurs lecteurs. Or il a toujours existé une littérature pour tous, lisible à partir de 12 ou 13 ans et jusqu’à la vieillesse ! Je ne dirais pas que c’est ma préférée – il y a aussi, bien sûr, des auteurs pour adultes que je vénère comme des dieux , mais c’est en tous cas celle qui m’a le plus influencé.

Dans mon esprit, la série des Bjorn s’adresse à tous les âges, même si elle vise d’abord les ados.

Suite à vos demandes répétées, je vous livre mon top quinze des romans pour tous. Vous serez peut-être étonnés, voire déçus, d’y trouver surtout des ouvrages anciens. Vous devez savoir que dans les années 70 et 80, quand j’étais adolescent, la littérature jeunesse ne connaissait pas du tout le développement qu’elle a aujourd’hui. Pour trouver des romans selon mon goût, j’étais obligé de lire des vieux trucs. Chance pour moi, mes parents possédaient une importante bibliothèque, où je n’avais qu’à puiser…

Mon top 15 :

-         Les trois mousquetaires (et les deux cycles qui suivent : Vingt ans après et Le Vicomte de Bragelonne), Alexandre Dumas

-         Le comte de Monte-Cristo, Alexandre Dumas

-         Moonfleet, J.M. Falkner

-         L’Île au trésor, R.L. Stevenson

-         Deux ans de vacance, Jules verne

-         Bilbo le hobbit, J.R.R. Tolkien

-         L’ancre de miséricorde, Pierre Mac Orlan

-         Capitaines courageux, Rudyard Kipling

-         Les Indes noires, Jules verne

-         Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, Selma Lagerlöf

-         L’appel de la forêt, Jack London

-         Enlevé !R.L. Stevenson

-         Taïpi, Herman Melville

-         Trilogie des Tripodes, John Christopher

-         A la croisée des mondes (trilogie), Philippe Pullman

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Couverture du merveilleux Moonfleet (Phébus 1998, 249 pages)

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Robert-Louis Stevenson (1850-1894), auteur également de l'Etrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde

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Herman Melville (1819-1891), auteur aussi du célébrissime Moby-Dick

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19/06/2009

3 grands livres

Après mon top 15 des romans pour tous, voici trois autres récits d’aventures (définition un peu réductrice, en l’occurrence) qui ont enchanté ma jeunesse. Je les ai lus vers 16, 17 ans et, franchement, je ne conseillerais pas de les lire plus tôt – sauf aux lecteurs très avancés.

-         Moby-Dick, de Herman Melville. Chef-d’œuvre absolu, bouquin hallucinant écrit par un génial poète.

-         Cyclone à la Jamaïque, de Richard Hughes. L’un des plus beaux livres sur l’enfance, d’une originalité saisissante, troublant aussi. Rien que d’y penser, une foule de scènes me reviennent précisément en mémoire.

-         L’île, de Robert Merle. L’histoire est inspirée d’un fait réel bien connu : la mutinerie des marins du Bounty, navire anglais qui croisait dans le Pacifique à la fin du XVIIIe siècle. Roman d’aventures, roman philosophique. Superbe. Je viens de le relire d’une seule traite.

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Moby-Dick, la baleine blanche

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Image de Cyclone à la Jamaîque, film de 1965 tiré du roman de R. Hughes

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