02/06/2017

Le livre qui a réenchanté votre vie

Une équipe de la Libre Belgique a interrogé plusieurs auteurs à la Foire du Livre de Bruxelles, leur demandant d'évoquer un livre qui a réenchanté leur vie. Je faisais partie des interviewés avec Bernard Werber, Eva Joly, Kim Thuy et Philippe Claudel. J'ai naturellement parlé de mon cher Patrick O'Brian. Pour visionner les vidéos, cliquez ICI.

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01/06/2017

Ramulf, une vidéo sur YouTube

Voici un lien vers une courte interview postée sur YouTube, où je parle de Ramulf, mon roman moyenâgeux. Son héros deviendra, dans Bjorn aux armées III, un grand ami du morphir :

http://www.youtube.com/watch?v=SUkm5xusuJk

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11/03/2017

Interview et articles en rapport avec la Foire du Livre

Laurence Bertels m'a interviewé pour la Libre Belgique. En plus de l'article paru le 9 mars, elle m'a posé quelques questions sur le stand de mon exposition.

Pour découvrir un résumé de l'article et une vidéo, cliquez ICI.

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04/12/2016

Une veillée à la Foire du Livre, version finale

Le film Une veillée à la Foire du Livre 2016 est à présent visible dans sa version finale. Il a été réalisé par Géraud Vandendriessche, à l'initiative de Cécile Jacquet, du Service général des lettres et du livre, et produit par la Fédération Wallonie-Bruxelles :

https://vimeo.com/167113983

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27/08/2015

Interview à Calliprofs...

Bjorn déjà parus.JPG

Une petite interview que j'ai accordée à Calliprofs:

http://callioprofs.com/CallioWiki/index.php?title=Lavache...

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21/01/2015

Une interview réalisée par Isabel Decuyper

Voici le lien pour accéder à une longue interview illustrée que j'ai accordée récemment à Isabel Decuyper pour le n°187 de Lectures:

http://www.litteraturedejeunesse.cfwb.be/index.php?eID=tx...

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30/10/2013

Interview par Maxime Keyen

Maxime Keyen, en dernière année de régendat littéraire, a choisi de faire son travail de fin d'études sur l'heroic fantasy et l'utilisation pédagogique des aventures de Bjorn le Morphir. Il m'a interrogé à cette occasion et me permet de reproduire ici notre échange :

M.K. : Si je me souviens bien de l’exposé que vous aviez réalisé à Waremme, vous n’étiez pas un amateur particulier d’ « héroic-fantasy ». Dès lors, que vous a procuré l’écriture de ces romans et l’invention de cet univers ?

T.L. : C’est vrai que je ne suis pas particulièrement fan de fantasy ; j’ai lu Le Seigneur des Anneaux à 16 ans, et j’ai adoré, mais c’était ma seule et unique référence quand j’ai entamé ma série. Si j’ai inventé des histoires où figurent dragons, trolls et autres elfes, c’est pour faire plaisir à mon fils Jean, 14 ans. Il se trouve que l’invention d’un univers fantastique, truffé de créatures et d’événements surnaturels, convient à mon imagination. J’y ai trouvé – et j’y trouve encore – un bonheur que je n’aurais pas soupçonné sans le coup de pouce de mon fiston. Cela dit, je pense que mes livres ne respectent pas vraiment les canons de la fantasy. C’est peut-être pour ça que certains allergiques au genre apprécient Bjorn le Morphir.

M.K. : Voici quelques années déjà que l’« héroic-fantasy » occupe une grande place dans la littérature pour adolescent. Que pensez-vous des nombreuses adaptations cinématographiques qui sont sorties ? Pensez-vous qu’elles peuvent-être une des raisons du succès de cette littérature auprès des jeunes ?

T.L. : Les adaptations prolongent et amplifient des succès qu’elles n’ont pas créés. Le Seigneur des Anneaux, Eragon, Narnia, etc., étaient des best-sellers avant d’être des films à succès (succès d’ailleurs relatifs pour certains des exemples cités). Harry Potter est le meilleur exemple d’une double réussite incontestable, sur le plan commercial, mais ce n’est pas à proprement parler du fantasy.
Pour ce qui est maintenant de la qualité de ces adaptations, elle est fort variable selon moi. Le Seigneur des Anneaux est un cas à part – la plus belle réussite à mon avis. Elle est due, cette réussite, aux circonstances uniques qui ont vu la naissance du projet néo-zélandais. Contrairement à ce qui se passe en général, ce n’est pas un travail de commande, mais une trilogie née de la passion d’un homme, Peter Jackson. Authentique fan de l’œuvre de Tolkien, il a mis toute son énergie et aussi beaucoup de lui-même dans la réalisation de l’énorme entreprise. On peut ne pas aimer le résultat, mais personne n’osera dire que c’est du boulot bâclé ou bassement commercial.

M.K. : Quelles sont, pour vous, les raisons du succès de l’« héroic-fantasy » dans la littérature pour adolescent ?

T.L. : Voilà bien une question difficile. Je pense que l’extrême décalage (qui rebute d’ailleurs certains lecteurs) entre les univers fantasy et la réalité quotidienne, le vrai monde, est une des clés. Pour le reste, je dois avouer ma perplexité. Franchement, je n’ai pas de réponse. Il faut dire que je ne me suis jamais penché sérieusement sur la question…

M.K. : Lors de l’écriture de Bjorn l’« héroic-fantasy » était-il déjà bien ancré auprès des jeunes lecteurs ? Choisir d’entrer dans ce genre était une volonté (commerciale) ou un autre concours de circonstances ?

T.L. : Certainement pas une volonté commerciale. J’y suis venu, comme je l’ai dit, pour répondre aux attentes de mon fils, à qui je racontais énormément d’histoires de mon cru. Entre 8 et 12 ans, il demandait et redemandait du fantastique ; je lui en ai donné. Et le jour où j’ai décidé d’écrire mon premier roman, je suis naturellement allé puiser dans la réserve de récits que je m’étais constituée oralement. Si j’ai choisi l’histoire de Bjorn, c’est parce que c’était ma préférée, et la sienne aussi.

M.K. : De quand, selon vous, date l’émergence de ce genre littéraire ?

T.L. : Le genre est né avec Tolkien, qui en est le père fondateur, non ? Et il y a eu, depuis le sortie du Seigneur des Anneaux, ce que les détracteurs du fantasy pourraient appeler plusieurs pics de pollution ; nous parlerons de moments où, comme aujourd’hui, le succès a été particulièrement fort.

M.K. : Pourquoi avoir choisi des héros (Bjorn et Sigrid) qui, au départ, sont des personnages banals aux caractères peureux et introverti ?

T.L. : J’ai toujours été intéressé, attiré par les personnages de fiction qui évoluent psychologiquement. Et j’aime les surprises, dans ce domaine. L’exemple que je donne toujours est celui de D’Artagnan, que Dumas, dans son dernier cycle, le Vicomte de Bragelonne, nous montre sous un jour inattendu : il est aigri parce qu’il n’a pas connu l’avancement qu’il estimait mériter. Cette évolution – audacieuse de la part de l’auteur – rend le personnage plus authentique. Avec Bjorn et Sigrid, j’ai créé des héros dont l’évolution brusque, spectaculaire, tient plutôt de la métamorphose. Le fantastique me le permettait. Quant à vous dire quel but je poursuivais, la réponse est : aucun. Neuf fois sur dix, je fonctionne instinctivement pour la création de mes personnages. C’est dans le domaine obscur du subconscient qu’un auteur va chercher les éléments constitutifs de ses héros.

M.K. : Je pense savoir que votre passé de documentaliste vous a aidé à créer l’univers propre à Bjorn. Croyez-vous qu’il est nécessaire d’avoir des connaissances historiques pour créer un monde qui à priori est imaginaire ?

T.L. : En écrivant les aventures de Bjorn, je ne respecte pas beaucoup l’Histoire – en fait, je me donne absolument toutes les libertés. Les lecteurs qui s’attendraient à trouver dans mes ouvrages une peinture relativement exacte des anciens Vikings et de leurs coutumes en seraient pour leurs frais. Si j’ai utilisé des noms de pays qui n’existent pas, c’est d’ailleurs pour lever toute ambiguïté. Je me permets des anachronismes, j’emprunte des éléments à d’autres cultures – bref, je fais ce qui me plaît. Je ne voyais pas l’utilité de respecter – ou de tenter de respecter – l’Histoire à la lettre dans un contexte fantastique. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que ma formation d’historien de l’art, mes nombreuses lectures de récits anthropologiques, mes voyages en tant que documentariste (Chine, Île de Pâques)… tout cela m’a donné une culture qui est une constante source d’inspiration. Si mon univers possède quelque richesse, quelque épaisseur, c’est en grande partie grâce cette culture-là.

M.K. : J’ai eu l’impression lors de la lecture de vos romans que vous préfériez mettre l’accent sur les actions plutôt que sur les descriptions. Est-ce une démarche personnelle ou une caractéristique du genre ?

T.L. : Les auteurs actuels, surtout ceux qui écrivent des romans d’aventure, décrivent beaucoup moins que leurs aînés. C’est dans l’air du temps. On n’a plus besoin, plus envie des longues descriptions d’autrefois. La plupart des fictions que nous consommons aujourd’hui sont des films ou des téléfilms. Rythme de narration élevé, montage saccadé, beaucoup d’ellipse – ces produits nous ont changé fondamentalement. Les jeunes, en particulier, aiment retrouver ces caractéristiques dans leurs lectures. Je ne pense pas être parmi les auteurs qui décrivent le moins – je m’attarde volontiers sur les descriptions psychologiques, par exemple. Pour ce qui est des portraits physiques et des décors, j’essaye de faire court, mais sans me faire violence, car ce sont précisément les éléments qui peuvent me rebuter en tant que lecteur. Un décor de Jules Vernes (que j’admire) est soporifique, alors que Stendahl (que je vénère) fait exister un paysage d’Italie en dix lignes. J’essaye, à mon modeste niveau, de suivre l’exemple stendahlien. Et je ne pense pas que j’écrirai autrement le jour où je délaisserai le fantastique jeunesse pour explorer d’autres voies.

M.K. : Enfin, si je vous dis : « La fantasy ? Il s’agit d’une histoire d’action et d’aventure qui se déroule dans un monde plus ou moins imaginaire, où la magie a cours et où la science et la technologie modernes n’ont pas encore été découvertes. Le décor peut être la Terre, telle qu’on peut imaginer qu’elle a été il y a des millénaires, ou qu’elle sera dans un lointain futur, ou bien encore une autre dimension. » d’après Sprague de Camp. Pensez-vous que vos romans adhèrent à cette définition ?

T.L. : Oui, oui, cette définition large me semble plutôt bonne. Et, même si je n’aime pas le terme « fantasy », les aventures de Bjorn appartiennent indéniablement au genre littéraire défini par de Camp.

M.K. : Que pensez vous de cette citation de Julien Gracq : « Je n'ai jamais cru à ces catégories qui cloisonnent la littérature, et en particulier à ces catégories du fantastique, de l'étrange, du merveilleux, du lugubre, du singulier... Il y a des quantités de dénominations qui ne correspondent pas à des démarcations réelles. Je crois qu'on tente d'établir des démarcations imaginaires dans un ensemble qui est homogène et où il y a des éclairages différents, des reflets différents. Mais on ne peut pas classer dans des tiroirs distincts une œuvre sous le nom de fantastique, de merveilleux, de féérique... » ?

T.L. : Je dois avouer que je n’ai jamais beaucoup réfléchi à ces catégories du fantastique, pas plus qu’au phénomène de la catégorisation en littérature. Ca ne m’intéresse pas outre mesure. Je dis toujours que j’écris des romans d’aventures. C’est l’appellation qui, de loin, me plaît le plus. Le mot « aventure » est si beau ! Et puis je peux me croire le très modeste héritier des génies du genre, les Melville, Stevenson, Dumas Père, Verne, J.M. Falkner, London…

M.K. : Si on vous demandait de créer une définition de l’ «héroic-fantasy », quelle serait-elle ?

T.L. : Je m’abstiendrais d’en donner une. Je dirais : « Adressez-vous aux spécialistes. »

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Tolkien, le père de la fantasy moderne

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08/10/2013

Interview Padouk s'en va

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Une étudiante en cours de librairie (école IFAPME à Liège) m'a récemment posé des questions sur Padou s'en va, deuxième histoire de Jojo de la jungle, pour son travail de fin d'études. Je vous livre ici l'interview en question :

1.Pour vous, après la lecture d'un album sur le deuil, l'enfant peut-il mieux vivre son deuil ? Quel est le rôle principal de cet album d'après vous?

Je pense qu’un album, comme un roman ou un film, peut avoir un impact positif, oui – par exemple en aidant quelqu’un à surmonter une situation difficile. Cela étant, je n’ai pas fait cet album en pensant aux enfants connaissant une situation de deuil. Je ne conçois pas mes albums comme des oeuvres-médicaments ; jamais. De même, je n’écris pas mes romans pour faire passer des messages ou dans le but d’aborder tel thème sensible. Les services qu’ils peuvent rendre, l’aide psychologique qu’ils peuvent éventuellement apporter, me ravissent – mais, encore une fois, je ne travaille pas dans ce but. Divertir, transporter le lecteur dans un univers riche et original, lui offrir des émotions, entre autres esthétiques, voilà mon objectif premier, mon principal souhait.

2.Selon vous, quelles couleurs doivent-être mises en avant dans les albums consacrés à ce sujet.

Vous parlez des coloris ? Si c’est cela, je ne vois qu’il y ait la moindre contrainte. S’il s’agit des couleurs psychologiques, je pense que la liberté doit être de mise, là aussi. Chaque auteur aborde les thèmes qu’il choisit à sa manière, selon sa personnalité, en fonction de sa sensibilité, de ce qu’il a vécu…Aucune règle absolue, selon moi. Dans Padouk s’en va, il y a pas mal d’humour – la preuve que la mort et le sourire peuvent coexister…

3.Pourquoi avez-vous écrit un livre sur ce sujet bien précis?

Je me permets de reprendre la réponse qui figure sur mon blog, et que voici  : « L’idée a pour origine un souvenir personnel. Je suis allé à l’Île de Pâques en 2000, pour faire un documentaire sur l’expédition franco-belge de 1934, dont faisait partie mon grand-père, Henri Lavachery. Dans nos bagages, nous amenions des photographies de 1934, prisent par mon aïeul, son collègue Alfred Métraux ou encore les marins du navire-école belge Mercator. Les Pascuans (habitants de l’île) d’aujourd’hui les contemplèrent avec avidité. Ces images provoquèrent une émotion que, vraiment, je n’avais pas anticipée. Des personnes se découvraient enfant, d’autres se trouvaient face à des parents disparus, aux visages oubliés. Une femme put même contempler pour la première fois l’image de sa mère, morte quand elle était petite. De cet épisode émouvant j’ai tiré le sujet de mon livre, qui traite de la perte du souvenir des morts dans un monde sans photographie. Car c’est ainsi : sans le support de l’image photographique ou picturale, les visions mentales que nous avons de nos disparus s’estompent et finissent par disparaître. Cette deuxième perte est un crêve-cœur, une expérience douloureuse à laquelle mes héros de la jungle sont confrontés… et qu’ils parviennent à surmonter grâce à une idée géniale du singe Jojo. »

4.Avez-vous eu des retours de parents ayant utilisé votre ouvrage?

En deux ou trois occasions, oui. Je me souviens par exemple d’une femme rencontrée à Saint-Germain-les-Arpajon, lors d’un salon du livre, et dont le beau-frère venait de décéder. Elle avait offert Padouk à ses neveux et m’a remercié chaleureusement, avec émotion. Je n’ai pas osé en demander plus, m’enquérir de la manière dont s’était déroulé la lecture…

5.Sur quels critères vous êtes vous basé pour écrire cet album? Qu'est-ce qui est indispensable pour faire un bon soutient pour l'enfant?

Encore une fois, je ne me suis pas préoccupé du soutien à apporter : je voulais seulement raconter une belle histoire. Et comme je traitais un sujet sensible, j’ai essayé de le faire avec délicatesse et pudeur. 

12:03 Écrit par Thomas Lavachery dans Interviews, Mes albums | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/09/2013

Famous blue raincoat, de Leonard Cohen

Durant l'été, Nicole Debarre, de la RTBF, m'a interrogé sur ma chanson préférée. Je devais choisir la chanson qui m'avait le plus marqué et dire pourquoi. Mon choix s'est porté sur Famous blue raincoat, du grand Leonard Cohen. Si mes propos vous intéressent, voici le lien :

http://www.rtbf.be/info/emissions/article_des-musiques-et...

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19/04/2013

Qu'est-ce qu'écrire pour la jeunesse ?

Je répondais assez récemment à la question suivante, classique pour un auteur de ma catégorie : Qu'est-ce qu'écrire pour la jeunesse ? Honte sur moi, je ne sais plus de qui venait la question. Ça me reviendra sûrement... En attendant, voici toujours le texte que j'avais rédigé pour l'occasion :

Je n’écris pas pour la jeunesse mais pour tout le monde à partir de 12 ou 13 ans ; et je suis toujours heureux lorsque les différents membres d’une famille ont lu une ou plusieurs de mes histoires. Adolescent, je partageais des livres avec mes parents ; des discussions s’en suivaient, dont j’ai gardé un merveilleux souvenir.

Le fait que les ados constituent une part prépondérante de mon lectorat m’incite à respecter trois règles évidentes : j’y vais mollo avec la violence, j’évite les scènes de sexe (pas la sensualité), je m’interdis d’employer un vocabulaire trop difficile (ce qui ne m’empêche en rien de soigner ma prose). Je recherche aussi l’efficacité en matière de dramaturgie, mais ce souci-là est plutôt lié au genre littéraire que j’ai choisi  – le roman d’aventures – qu’à l’âge moyen de mes lecteurs.

Que pourrais-je ajouter ? Que je ne me sens pas obligé de donner des leçons, d’instruire, de faire passer des messages. J’ai toujours pensé que le roman est pédagogique par essence, dans la mesure où il élargit considérablement notre expérience.

Je reconnais volontiers que certains auteurs plus « engagés » abordent des thèmes difficiles (maladies graves, inceste, prostitution, enfants soldats) avec brio… Même si je voulais suivre cette voie, je risquerais fort de me fourvoyer. Les rares fois où je m’y suis essayé, le résultat s’est révélé maladroit, rien moins que subtile. Pour autant, mes livres ne sont pas dépourvus de prises de position. Tout le monde a ses idées ; bien souvent, celles d’un romancier surgissent spontanément dans ses pages. Il y a par exemple un épisode où Bjorn le Morphir, mon héros fétiche, critique avec dégoût le principe de la loi du Talion. C’était pour moi une manière à peine déguisée d’attaquer la peine de mort… mais je n’ai pas écrit le roman dans ce but, loin s’en faut. Pour être franc, j’ignorais que j’allais traiter la question en commençant mon chapitre.

Thomas Lavachery

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13/12/2010

Mille-Feuilles

Potcast de l'émission télé Mille-Feuilles (RTBF) du 30 novembre 2010, animée par Thierry Bellefroid :

www.rtbf.be/ladeux/emission/detail_mille-feuilles?id=54

17:17 Écrit par Thomas Lavachery dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Interview Culture Club

Potcast d'une interview sur La Première, Culture Club, réalisée par Laurent Dehossay le 10 novembre 2010 :

www.rtbf.be/lapremiere/audio/podcasts?id=LP-CC-CHR

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Interview radio Judaïca

Voici le podcast d'une interview par Tamara Kawam sur Radio Judaïca (23 novembre 2010), à l'occasion de la sortie de Bjorn aux armées :


http://www.brouillondeculture.com/files/BC101123.mp3

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12/12/2010

Interviews fimés sur Bjorn en BD

Les vidéos de l'école des losirs :

Didier Borg, éditeur (Casterman), Thomas Gilbart, dessinateur, scénariste, et moi-même sommes interrogés sur l'adaptation de Bjorn le Morphir en bande dessinée :

http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://www.ecoledesloi...

08:27 Écrit par Thomas Lavachery dans Interviews, Le morphir en BD | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Interview dans Metro

Une interview réalisée par Christelle Dyon dans le journal Metro, décembre 2010 :

http://www.metrotime.be/Une_saga_100_belge_br.html

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06/12/2010

Bjorn dans la Libre

A l'occasion de la sortie de Bjorn aux Armées I, un article de Laurence Bertels dans la Libre Belgique :

http://www.lalibre.be/culture/livres/article/635018/bjorn...

16:09 Écrit par Thomas Lavachery dans Interviews, Presse | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/01/2010

Interview par Anne-Elisabeth Lesne

Anne-Elisabeth Lesne, étudiante en 5ème humanité (Belgique), m'a récemment interrogé dans le cadre d'un travail de fin d'études intitulé "D'où vient et comment se vit cette passion d'écrire ?" Elle m'a aimablement permis de reproduire ici l'interview :

1 – Pouvez-vous expliquer en quelques lignes quel a été votre chemin d'écriture, quels ont été vos premiers pas dans ce domaine ?

J’ai commencé par être un fan de bandes dessinées, joyeuse discipline que j’ai pratiquée sérieusement jusqu’à l’âge de vingt ans, faisant même paraître des planches dans le journal Tintin et ailleurs. L’écriture n’était qu’un passe-temps secondaire. Je me souviens ‘d’un jour où un prof de français, une dame très chouette et ouverte, nous avait demandé une énième rédaction. Je lui ai proposé d’écrire une nouvelle à la place, ce qu’elle a accepté, me prévenant qu’elle me coterait avec toute la rigueur voulue. J’ai pondu un texte d’une trentaine de pages, une histoire farfelue qui tenait du conte. Le prof a apprécié, et moi j’ai découvert que l’écriture était une activité amusante pour laquelle je me sentais des dispositions. Je n’aurais pourtant jamais cru, alors, que j’abandonnerais la BD pour le roman.

2 – Y a-t-il eu un déclic particulier, un événement, un choc qui a entraîné ce début d'écriture ? Écriviez-vous « en secret » ?

Je distinguerais deux moments : celui où j’ai réalisé que je voulais écrire sérieusement, en faire mon métier si possible, et le moment où je me suis mis pour la première fois au travail.
Avant dix-sept ans, je lisais surtout des BD – et puis soudain j’ai commencé à dévorer du roman. Mes parents possédaient une bibliothèque fournie ; je n’ai eu qu’à puiser. Et c’est l’admiration éprouvée pour certains auteurs qui m’a donné envie d’écrire. Très vite, cependant, j’ai eu l’intuition que si j’arrivais un jour à mes fins, ce serait plutôt dans le roman d’aventures (je ne songeais pas encore au fantastique) que je m’épanouirais. Mon modèle, dès cette époque, et encore aujourd’hui, aura surtout été Alexandre Dumas.
Cela étant, je ne me sentais pas prêt à me lancer. Mes rares tentatives m’apprenaient qu’il me manquait beaucoup de choses, en particulier la technique. L’imagination, je l’avais, mais j’étais incapable de la canaliser, de maîtriser mon travail. J’accouchais de nouvelles caduques, touffues : de petits monstres. Alors je me suis dirigé vers d’autres domaines : l’Histoire de l’art (licence à L’ULB), le cinéma (j’ai réalisé des documentaires), etc. – cela avec l’idée de devenir un jour romancier. Du coup, je me sentais un imposteur partout, car ce que j’entreprenais, c’était toujours en attendant, écrire restant mon désir insurpassable.
Le temps m’a donné (un peu) de maturité, mes études ont élargi mon horizon intellectuel et ma culture. Plus important : mon passage dans le cinéma, à travers la lecture et l’écriture de scénarii, le montage, m’a apporté les outils techniques qui me manquaient. Enfin, j’ai beaucoup appris en racontant des histoires à mon fils Jean, auditeur exigeant. C’est d’ailleurs l’une des histoires inventées pour lui qui a servi de base à Bjorn le Morphir, mon premier roman.

3 – Pourquoi continuez-vous à écrire ? Par besoin, pour mieux vivre, mieux vous connaître, pour y voir plus clair, par passion... ?

Ecrire est aujourd’hui mon métier – je le fais donc pour vivre, indéniablement. Mais ce travail est aussi une passion, ce que je considère comme une incroyable chance. Tant de gens – et ça m’est arrivé maintes fois dans ma vie – gagnent leur croûte en faisant des choses qu’ils n’aiment pas, ou qu’ils apprécient moyennement. Moi, je m’invente des vies parallèles et on me paie pour ça.
J’écris également pour être aimé. Quand j’étais enfant et ado, mes parents accueillaient toujours mes productions, dessins, sculptures, textes, avec enthousiasme. Ils me critiquaient parfois, mais les encouragements prévalaient de très loin. Et je pense que j’en suis venu, inconsciemment, à rechercher les compliments pour me rassurer. A chaque fois que je leur montrais quelque chose, c’était une façon pour moi de vérifier leur amour. Aujourd’hui, je cherche à me faire aimer de gens que je ne connais pas – comme (presque) tous les artistes, je pense.

4 – Dans quel état d'esprit, dans quel environnement êtes-vous lorsque vous écrivez ?

J’écris le plus souvent dans mon bureau, un endroit que j’aime, décoré de photos d’écrivains, peuplé de masques et de sculptures du bout du monde. C’est un environnement stimulant et chargé d’âme. Je suis cependant capable d’écrire n’importe où, pour autant qu’il règne un calme suffisant autour de moi – pas question d’écrire au bistrot !
Au début d’une séance, j’essaye de faire le vide dans ma tête, d’oublier les soucis quotidiens pour entrer de plein pied dans l’univers de mon histoire. Souvent, je ferme les rideaux pour me sentir le plus déconnecté possible. Je laisse les visions m’envahir, et c’est parti ! Mais je garde toujours à l’esprit que l’imagination ne peut diriger seule le travail : il faut sans cesse se surveiller, entretenir une forme de suspicion par rapport à ce qu’on fait. Se laisser gouverner par ses personnages, par exemple, leur permettre d’évoluer « tout seuls » (beaucoup d’auteurs décrivent ce phénomène avec une fascination que je ne partage pas), est à mon sens une erreur. Dès que j’ai l’impression que je me fourvoie, que je m’engage dans une mauvaise direction, je m’arrête et je réfléchis. L’alerte se situe au niveau du ventre – je sens une petite boule derrière le nombril.
Enfin, pour en terminer sur l’état d’esprit, je dirais que j’essaye de m’imposer un devoir d’originalité. Sans cesse je me pose des questions du genre : « Est-ce que ceci n’a pas déjà été vu cent fois ? » Si j’introduis des trolls ou des dragons, je tente d’en proposer un portrait neuf, qui souvent prend le contre-pied de l’image qu’on a habituellement de ces créatures (je les appelle à part moi des « personnages-poncifs »).

5 – J'imagine que, même si vous prenez du plaisir à écrire, vous rencontrez des difficultés dans votre travail, lesquelles ?

Il y a toujours des moments, pendant l’écriture d’un roman, où l’on s’engage dans une mauvaise voie. Il faut alors s’arrêter pour repartir ensuite d’un bon pied, après une réflexion qui peut durer plusieurs jours et se révéler fort angoissante. On peut aussi ne plus savoir comment continuer, parce que le chemin qu’on avait envisagé nous paraît tout à coup moins séduisant. Là encore : arrêt, réflexion et ensuite redémarrage. Il peut enfin arriver que l’on termine un livre sans s’être aperçu de certains problèmes fondamentaux qu’il faudra résoudre après, si c’est possible. Il y a un an ou plus, j’ai mis un roman dans un tiroir alors que je l’aimais beaucoup, mais il possédait des défauts très importants : un protagoniste dont on ne comprend pas bien les motivations (difficile de s’identifier à lui, dès lors), un sujet mal défini, une fin dérangeante, etc. En dépit de ses qualités reconnues par plusieurs lecteurs, éditeurs compris, le bouquin n’est pas publiable. Et je ne sais toujours pas comment le sauver, malgré l’envie que j’en ai.

6 – Attendez-vous l'inspiration pour vous mettre au travail ou vous forcez-vous parfois ? Quelle est votre méthode ?

J’attends l’inspiration initiale, les idées et les visions qui vont me décider à entreprendre un livre. Ensuite, une fois lancé, je me mets à ma table tous les jours, sauf le dimanche, et l’inspiration se manifeste toujours, fidèle, même si elle n’a pas chaque fois la même qualité. Jamais à cours d’idées, j’en ai parfois de mauvaises, qui m’entraînent où je ne devrais pas aller. J’écris alors des paragraphes, des pages, voire des chapitres entiers qu’il me faudra recommencer.

7 – Une fois le texte écrit, le retravaillez-vous beaucoup ? Y a-t-il de nombreux brouillons avant d'atteindre le résultat final ?

Je retravaille le texte à tous les stades du processus, et si j’ouvre un de mes livres publiés, je trouve encore mille choses à changer (à tort ou à raison). Cela dit, chaque texte est différent et peut demander des révisions plus ou moins importantes. Il y a des romans que j’ai dû seulement élaguer, corriger en surface ; d’autres ont eu besoin d’un profond remaniement.


8 – Parvenez-vous à prendre du recul sur vos textes, à avoir encore un œil critique malgré les relectures ?

Je relis et corrige constamment en cours d’écriture, sur écran, et tout de suite après avoir terminé, cette fois sur papier. La lecture que font mes proches d’un manuscrit tout chaud m’aide à pallier le manque de distance ; j’arrive ainsi à fournir à l’éditeur un texte déjà solide. Les épreuves m’arrivent quelques semaines plus tard ; j’ai alors un recul qui me permet de déceler de nouveaux problèmes (je ne dis pas les derniers, car il en restera toujours). Ceci est le déroulement idéal. Mais bien sûr il arrive qu’un texte demande plus de temps de révision, plus de recul, plus d’avis extérieurs. Certains romans sont soumis plusieurs fois à l’éditeur avant acceptation ou refus définitif. Il y a les manuscrits qu’on peaufine seulement et ceux qui nécessitent une véritable refonte. A l’arrivée, les premiers ne font pas nécessairement les meilleurs livres.

9 – Vous avez publié plusieurs de vos écrits, dans quel but ? Avez-vous eu peur d'être ou de ne pas être publié(e) ?

Dès le départ, j’ai eu comme objectif d’être publié et même de vivre de ma plume. J’ai bien sûr douté parfois – souvent ! – de parvenir à mes fins, mais je croyais suffisamment en moi pour persévérer. En tous cas je ne voulais pas arriver à l’âge de 80 ans avec le regret de ne pas avoir vraiment essayé.
 
10 – Cette passion vous demande beaucoup de temps. Cela influence-t-il votre relation aux autres ? Comment vivez-vous la solitude nécessaire de tout écrivain ?

Cette passion se trouvant être mon métier, il est normal qu’elle me prenne beaucoup de temps. Il arrive que je sois tellement habité par une histoire que j’en éprouve du mal à redescendre sur terre. Mais bon, il n’y a pas que les romanciers qui sont obsédés par leur travail – tout le monde connaît ça, peu ou prou.
La solitude, en revanche, ne se rencontre pas dans tous les métiers. En ce qui me concerne, elle me pèse parfois, même si je l’apprécie de manière générale. Au début, je devais veiller à sortir, à rencontrer des amis le midi, par exemple, sans quoi j’étouffais. Aujourd’hui que je suis fort sollicité, pour des rencontres scolaires, des salons, etc., j’ai moins ce problème. Ca qui me manque vraiment, c’est le travail en équipe, que j’ai connu dans divers boulots – entre autres quand je faisais du documentaire. J’ai heureusement un ami et complice de longue date, Denis Roussel (auteur des couvertures de ma saga viking), avec qui j’ai toujours l’un ou l’autre projet en train. Là, il vient de terminer la mise en couleur d’un album pour enfants que je vais publier à l’Ecole des loisirs : Jojo de la jungle. Nous avons passé des heures ensemble à définir mille nuances subtiles, faisant un nombre incalculable d’essais. En somme, nous jouons les esthètes, et j’adore ça !

11 – Lorsque vous venez de terminer un écrit, quels sont vos sentiments, comment vous sentez-vous ?

Je me sens désœuvré, vide, et la déprime pourrait probablement s’installer si je ne fonçais pas illico dans une nouvelle aventure : roman, nouvelle, livre pour enfants, scénario… Je m’accorde peu de vacances, même si ma vie ressemble un peu à des vacances perpétuelles pour ceux qui m’entourent.

12 – Habituellement, qui sont vos premiers lecteurs ? A chaque fois, êtes-vous prêt(e) à admettre des propositions, des corrections, voire des réécritures totales de paragraphes par exemple ?

Mon premier lecteur est toujours Jean, mon fils aîné. Il ne mâche pas ses mots quand il n’aime pas quelque chose et il a raison neuf fois sur dix. Mes autres lecteurs sont mon épouse, ma chère maman et un ou deux amis, dont Denis Roussel. Je suis très attentif à leurs remarques ; j’en tiens compte le plus souvent. Chaque lecteur à ses marottes : mon épouse, par exemple, veille beaucoup à la clarté du texte. C’est une instit et je pense que ça joue. J’ai un ami qui tique lorsqu’il y a des expressions trop actuelles, anachroniques, dans les dialogues…
Une fois le texte lu et relu, corrigé, je l’envoie à l’éditeur, ou plutôt à mes éditrices : Geneviève Brisac (Ecole des loisirs) ou Elisabeth Sebaoun (Bayard) suivant le cas. Avec la première, les critiques sont toujours d’ordre général, elles s’en tiennent à l’essentiel ; avec la seconde les remarques et suggestions vont jusqu’au plus infime détail. Comme ces deux dames sont très respectueuses des auteurs, je prends ce que je veux dans ce qu’elles me disent et je laisse le reste. Mais je dois avouer que la plupart du temps elles tapent juste.
Je trouve primordial d’être ouvert à la critique. L’avis des autres vous fait gagner du temps et vous permet toujours d’améliorer, parfois radicalement, un manuscrit. Le tout est de ne pas se laisser dérouter ou influencer sur l’essentiel. Les critiques doivent vous aider à atteindre la cible que vous avez choisie, pas une autre. Gare aux éditeurs et aux producteurs qui sont des artistes frustrés !

13 – Suivez-vous un certain schéma à chaque fois que vous écrivez ?

Non, pas exactement. Je fonctionne avec quelques règles ou principes. Je veille à ce que mon protagoniste ait un objectif clair, posé rapidement ; je m’attache à rentrer de plein pied dans l’action et à distiller l’exposition en cours de récit, alors que l’aventure est lancée. Je mets bien sûr de multiples obstacles, qui vont si possible crescendo, sur le chemin de mon héros. Je termine en général mes chapitres sur une accroche. Je cherche à créer des méchants originaux (que j’estime tels), comme la neige dans Bjorn le Morphir. Enfin je m’attache à faire évoluer mes héros psychologiquement, car je déteste les personnages figés.
Je ne fais jamais de plan. Je connais la fin de mes histoires et certains épisodes-clé, mais pas le chemin entre ceux-ci. J’ai besoin d’avancer en partie dans l’inconnu, à l’aventure, sans quoi je risquerais de m’ennuyer. Il faut dire que les histoires que je raconte permettent ce genre de liberté. Un auteur de roman policier à énigme, qui construit son récit avec la précision d’un d’horloger, ne pourrait pas travailler de cette façon.

14 – Quels conseils donneriez-vous à un jeune écrivain ?

Beaucoup lire ; relire aussi, c’est très important. Ecrire tous les jours, peu importe quoi, un peu comme on fait des gammes. Commencer par des textes courts : on progresse plus vite en terminant quatre nouvelles de vingt-cinq pages qu’en écrivant un texte de cent pages ; c’est du moins mon sentiment. Se cultiver tous azimuts, histoire de nourrir l’imagination. Essayer de ne pas se tromper sur les atouts qu’on a dans son jeu. Chacun à ses qualités, et il faut travailler surtout avec celles-là. Si j’avais voulu suivre les traces de grands romanciers philosophes, Hesse, Camus, Tournier, je me serais casser la figure : je n’ai ni la formation nécessaire, ni l’intelligence requise. C’est l’imagination mon point fort, je m’appuie donc sur elle.

12:56 Écrit par Thomas Lavachery dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/06/2009

Moso et petchégols

En mars 1999, je me suis rendu en Chine avec mon très cher ami Eric Blavier pour tourner des images chez les Moso, peuple qui possède la particularité anthropologique d'ignorer le mariage. Les images ramenées ont servi à faire un documentaire de 56 minutes, Un monde sans père ni mari. Le film est passé sur des télés du monde entier - il faut dire que le sujet, une société sans mariage, pseudo-matriarcale, où la liberté sexuelle est réputée très grande, avait de quoi intéresser les diffuseurs.

Eric est le réalisateur du film, dont je suis le scénariste et coauteur, et c'est mon complice Denis Roussel, auteur des couvertures de Bjorn le Morphir (exceptée la première), qui s'est chargé du montage.

Mon passage chez les Moso, au bord du lac Lugu où j'ai séjourné un moment, m'a servi pour Bjorn aux enfers II. En effet, les petchégols sont en quelque sorte les lointains cousins des Moso, et le personnage d'Ama, pour ceux qui s'en souviennent, est inspiré d'une autre Ama, "matriarche" de la famille chez qui Eric et moi avons logé. "Ama" veut dire grand-mère en moso. La dame s'appelle en réalité Yang Achima ; elle dormait seule au milieu de la pièce principale, dans un lit rouge traditionnel des plus impressionnants. Je me suis très bien entendu avec elle, comme Bjorn avec Ama Matmak. Je me souviens lui avoir offert une boîte de cigares et avoir partagé avec elle de nombreux bols d'alcool de riz...

Il y a de cela quelque temps, j'ai répondu aux questions d'une journaliste italienne concernant les Moso et notre film. Il s'agissait d'un magasine féminin (j'ai oublié lequel). Voici cette interview pour ceux que cela intéresse ; les questions sont en anglais :

1) How did you get in touch with the Moso cilture? How did you first hear about the subject?

C’est mon ami Eric Blavier, coauteur du film, qui a entendu parler des Moso par un jeune sinologue belge. Cela se passait lors d’un mariage, si je me souviens bien. Eric n’en a pas dormi de la nuit et il a décidé de faire un documentaire. Je l’ai rejoins par la suite, en cours de projet.

2) You made a documentary about the Moso people. In your opinion, what is the main aspect in their social life wich most called your attention?

En ce qui me concerne, c’est l’absence de mariage qui m’a tout de suite intrigué. Je suis historien de l’art et, dans mon cursus, il y avait pas mal de cours d’anthropologie. Or mes professeurs avaient toujours présenté le mariage comme le ciment incontournable de la société humaine. Sans mariage – sans échanges de femmes -, pas de société ! Le cas des Moso représente donc une exception à cette sacro-sainte règle. J’avais envie de voir ça de près !

Je crois pouvoir dire qu'Eric Blavier était plus intéressé par le "matriarcat" et la liberté sexuelle observée chez les Moso. Je lui poserais bien la question, mais il est difficile à joindre, étant au milieu d'un voyage de deux ans entrepris en famille, avec son épouse et leurs quatre garçons. Les Blavier, partis de Patagonie, vont remonter le continent américain jusqu'en Alaska. Ils se déplacent dans un car aménagé, une véritable maison roulante !

3) Do you believe that Moso women can be seen as role models for women all over the world ? Why ?

Difficile de répondre à cela. J’ai côtoyé des femmes fières, entreprenantes et très libres dans leurs amours. Sans mariage, le choix des partenaires est guidé par les sentiments, non par des considérations économiques (ce qui est aussi vrai pour les hommes, notons-le). Mais les femmes Moso travaillent énormément pendant que les hommes semblent se la couler douce. Je précise qu’ils n’ont pas l’air heureux pour ça, au contraire, alors que les femmes sont joyeuses et communicatives. Leur attitude est nettement plus ouverte que celle des autres Chinoises que nous avons rencontrées.

3) Do you think that Moso people are happier than average population because of their social structure ? Explain.

Je ne connais pas assez la Chine pour pouvoir tirer des conclusions générales, qui risqueraient d'être bien trop hâtives. Disons en tous cas que la société Moso accorde une place importante aux femmes. Elles y sont considérées. Dans la famille où nous étions, c'est Ama, la grand-mère, qui prenait les décisions. A sa mort, sa fille aînée la remplacera - et non son fils aîné. Alors, oui, la condition féminine m'a paru enviable au bord du lac Lugu.

4) Do you believe their social structure can still survive for many years ?

J'ai peu d'espoir. D'abord, beaucoup de choses ont déjà changé. Des couples commencent à revendiquer le droit de vivre ensemble et de fonder un foyer. Des enfants émettent le souhait de vivre avec leurs deux parents, ce qui n'est jamais le cas traditionnellement. Le mariage n'est donc pas loin. Au moment de la Révolution culturelle et même avant, les gouvernements chinois successifs ont essayé de faire changer les Moso, de les forcer à adopter les poeurs du reste de la Chine. Sans succès. Aujourd'hui, ce que la force et la menace n'ont pas réussi à accomplir, l'influence pernicieuse des films (les Moso regardent des DVD), des journaux, des touristes (chinois en majeure partie) est en train de le faire. Ce qui reste de l'ancienne culture va disparaître, assez vire, à mon avis. Ce qui subsistera, ce sont les maisons et les costumes traditionnels, car ces éléments sont nécessaires au développement du tourisme. Et les Moso - comment les blâmer ? - ne sont pas opposés au tourisme.

6) How do you think it was possible for the Moso population maintain their social structure for that long in China, a country so different from all the Moso people ?

Les Moso vivent - vivaient - dans un certain isolement. Cela a dû jouer un grand rôle. D'autre part, les tentatives de réforme menées par les autorités - brutales, certes - furent épisodiques. les Chinois forcèrent des amants à se marier, à vivre sous le même toit; ils réprimèrent la liberté sexuelle. Et, dès que les envoyés du gouvernement avaient le dos tourné, les Moso reprenaient leurs anciennes habitudes. Les conjoints forcés retournaient vivre dans la maison maternelle et tout redevenait comme avant.

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Petchegol

Un guerrier petchégol, dont le costume est vaguement inspiré de l'habit traditionnel moso.

Chez-les-Moso

Chez les Mosos. Eric Blavier et T. Lavachery parmi les membres de la famille Yang. De gauche à droite, debout : Atshu, fils cadet d'Ama, Latshu, fille cadette, Djama, fille aînée ; assis : Eric, Ama, Thomas, Daba et Tse, enfants des filles.

19:52 Écrit par Thomas Lavachery dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |