08/10/2013

Interview Padouk s'en va

Page 15, dessin 1.jpg

Une étudiante en cours de librairie (école IFAPME à Liège) m'a récemment posé des questions sur Padou s'en va, deuxième histoire de Jojo de la jungle, pour son travail de fin d'études. Je vous livre ici l'interview en question :

1.Pour vous, après la lecture d'un album sur le deuil, l'enfant peut-il mieux vivre son deuil ? Quel est le rôle principal de cet album d'après vous?

Je pense qu’un album, comme un roman ou un film, peut avoir un impact positif, oui – par exemple en aidant quelqu’un à surmonter une situation difficile. Cela étant, je n’ai pas fait cet album en pensant aux enfants connaissant une situation de deuil. Je ne conçois pas mes albums comme des oeuvres-médicaments ; jamais. De même, je n’écris pas mes romans pour faire passer des messages ou dans le but d’aborder tel thème sensible. Les services qu’ils peuvent rendre, l’aide psychologique qu’ils peuvent éventuellement apporter, me ravissent – mais, encore une fois, je ne travaille pas dans ce but. Divertir, transporter le lecteur dans un univers riche et original, lui offrir des émotions, entre autres esthétiques, voilà mon objectif premier, mon principal souhait.

2.Selon vous, quelles couleurs doivent-être mises en avant dans les albums consacrés à ce sujet.

Vous parlez des coloris ? Si c’est cela, je ne vois qu’il y ait la moindre contrainte. S’il s’agit des couleurs psychologiques, je pense que la liberté doit être de mise, là aussi. Chaque auteur aborde les thèmes qu’il choisit à sa manière, selon sa personnalité, en fonction de sa sensibilité, de ce qu’il a vécu…Aucune règle absolue, selon moi. Dans Padouk s’en va, il y a pas mal d’humour – la preuve que la mort et le sourire peuvent coexister…

3.Pourquoi avez-vous écrit un livre sur ce sujet bien précis?

Je me permets de reprendre la réponse qui figure sur mon blog, et que voici  : « L’idée a pour origine un souvenir personnel. Je suis allé à l’Île de Pâques en 2000, pour faire un documentaire sur l’expédition franco-belge de 1934, dont faisait partie mon grand-père, Henri Lavachery. Dans nos bagages, nous amenions des photographies de 1934, prisent par mon aïeul, son collègue Alfred Métraux ou encore les marins du navire-école belge Mercator. Les Pascuans (habitants de l’île) d’aujourd’hui les contemplèrent avec avidité. Ces images provoquèrent une émotion que, vraiment, je n’avais pas anticipée. Des personnes se découvraient enfant, d’autres se trouvaient face à des parents disparus, aux visages oubliés. Une femme put même contempler pour la première fois l’image de sa mère, morte quand elle était petite. De cet épisode émouvant j’ai tiré le sujet de mon livre, qui traite de la perte du souvenir des morts dans un monde sans photographie. Car c’est ainsi : sans le support de l’image photographique ou picturale, les visions mentales que nous avons de nos disparus s’estompent et finissent par disparaître. Cette deuxième perte est un crêve-cœur, une expérience douloureuse à laquelle mes héros de la jungle sont confrontés… et qu’ils parviennent à surmonter grâce à une idée géniale du singe Jojo. »

4.Avez-vous eu des retours de parents ayant utilisé votre ouvrage?

En deux ou trois occasions, oui. Je me souviens par exemple d’une femme rencontrée à Saint-Germain-les-Arpajon, lors d’un salon du livre, et dont le beau-frère venait de décéder. Elle avait offert Padouk à ses neveux et m’a remercié chaleureusement, avec émotion. Je n’ai pas osé en demander plus, m’enquérir de la manière dont s’était déroulé la lecture…

5.Sur quels critères vous êtes vous basé pour écrire cet album? Qu'est-ce qui est indispensable pour faire un bon soutient pour l'enfant?

Encore une fois, je ne me suis pas préoccupé du soutien à apporter : je voulais seulement raconter une belle histoire. Et comme je traitais un sujet sensible, j’ai essayé de le faire avec délicatesse et pudeur. 

12:03 Écrit par Thomas Lavachery dans Interviews, Mes albums | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.