06/02/2013

Conseils pour écrire

Beaucoup de lecteurs, d'élèves, d'étudiants... me demandent - et demandent à mes collègues auteurs - des conseils pour écrire. Voici la réponse que j'ai faite dernièrement à Paul, 19 ans. C'est bien sûr une réponse sommaire, qui est très loin d'épuiser la question. Néanmoins, elle pourrait intéresser certains d'entre vous...

Cher Paul,

Voici les conseils que je donne généralement à ceux qui ont envie de se lancer dans l’écriture romanesque :

- Lire beaucoup, et surtout relire. Même si l’on ne lit pas nécessairement en prenant des notes, il y a des tas de petites ficelles, de procédés d’auteur qui nous apparaissent – parfois même, nous les enregistrons inconsciemment. C’est là une école essentielle, et tous les romanciers l’ont suivie. Tous, sans exception, ont développé, grâce à la lecture, ce regard de prédateur en se nourrissant du travail des grands devanciers. Observer ce qui ne fonctionne pas dans un texte est également très instructif, bien sûr. Notre technique, notre esthétique personnelles se forgent en grande partie de cette confrontation avec les textes. 

- Commencez par des textes courts, nouvelles ou contes. Un roman est une longue entreprise qui peut décourager au début. Plus important encore : on apprend plus en écrivant dix nouvelles de vingt pages qu’en rédigeant un premier roman de deux-cent pages. C’est du moins mon sentiment. Chaque nouvelle expérience vous fait monter une marche…

- Ecrivez tout les jours, et n’importe quoi : articles sur des sujets qui vous tiennent à cœur, journal… Vous pouvez même vous essayer à l’écriture automatique. Car il faut que l’action de rédiger devienne aisée, que les phrases vous arrivent sans difficulté. Si vous peinez à aligner les mots, si votre plume est laborieuse, alors mieux vaut ne pas vous lancer dans un texte de fiction. Les autres difficultés sont tellement nombreuses que celle-la, au moins, doit être dépassée. 

- Ayez toujours en tête que des milliers de romans, de nouvelles, existent. Astreignez-vous donc à l’originalité. Quand mon fils m’a demandé une histoire avec des trolls et des dragons – Bjorn le Morphir –, il m’est d’emblée apparu que j’allais m’engager dans des sentiers très battus. J’ai donc essayé de renouveler les choses, en créant, par exemple, des demi-trolls sympathique, histoire de prendre le contre-pied du stéréotype. Je ne prétends pas avoir révolutionné le genre, ni même être parvenu à me démarquer véritablement (au lecteur de juger), mais en tout cas je m’étais fixé cet objectif. Et ma saga s’en est bien trouvée, de cela je suis convaincu.

- Autre point crucial : la logique. Le lecteur, comme le spectateur, est avide de logique. Il faut que l’histoire se tienne, que les personnages, les scènes soient crédibles. Nous autres romanciers passons notre temps à convaincre nos lecteurs. Rendre nos histoires crédibles suppose un état d’esprit permanent, presque une seconde nature. Nous développons un petit radar qui est censé faire bip, bip à chaque fois qu’un élément cloche. Je dis qu’il est supposé le faire, car bien sûr il ne marche pas toujours. Et puis les lecteurs ne sont pas tous pareils sur le plan de la crédulité. Certains s’avouent incapables d’entrer dans une histoire fantastique, par exemple. J’en rencontre régulièrement. Contre cela, on ne peut rien. Mais on peut veiller à ce qu’une logique rigoureuse préside à l’intérieur d’un monde imaginaire – et cette rigueur contribuera à vous attacher un lectorat.

- Dernier point (après j’arrête, car je ne voudrais pas vous faire peur) : commencer peut-être par une histoire dont le protagoniste, votre héros, a rapidement un objectif clair, qu’il poursuivra tout au long de l’histoire. Et sur le chemin qui le conduira vers cet objectif, mettez des obstacles, de plus en plus grands si possible. Comme je le dis souvent en manière de blague : l’histoire d’une fille à qui tout réussi, jolie, bonne en classe, ayant un petit ami super et des parents adorables, cette histoire risquerait d’être bien ennuyeuse… sauf si une grosse tuile lui tombe sur la tête. Problèmes, conflits, méchants… ces éléments constituent le fond de commerce des raconteurs d’histoire. Un conseil de lecture : La dramaturgie, de Yves Lavandier. J’ai énormément appris dans cet ouvrage qui s’adresse aux scénaristes, aux dramaturges, mais qu’un romancier peut lire avec profit.

- Allez, une tout dernier conseil. Soignez vos personnages, surtout les principaux, cela va de soi. Qu’ils soient riches psychologiquement, donnez-leurs des traits singuliers, plusieurs facettes… Faites-les évoluer, aussi ! Dans la vie, les gens changent, ils sont différents en fonction des situations. Il est également intéressant de faire évoluer les relations entre les héros. « On ne reste que par les personnages », disait Balzac (je crois). C’est un tantinet exagéré… un tantinet seulement.

Bonne soirée, cher Paul. 

Tous mes vœux de réussite dans l’aventure que vous allez entreprendre.

Thomas Lavachery

La dramaturgie nouvelle édition.jpg

La dramaturgie, livre précieux également pour les romancier

19:29 Écrit par Thomas Lavachery dans Questions des lecteurs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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