25/10/2013

Dossier J'irai voir les Sioux

 

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Il y a quelques années, je cherchais des sujets de documentaires après mon film sur l’expédition de mon grand-père à l’île de Pâques, l’Homme de Pâques. Je suis allé trouvé mon amie Francina Forment, alors conservatrice de la section Océanie des Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles. J’espérais qu’elle me donne le nom d’un personnage historique ayant joué un grand rôle en Océanie, un belge ou alors une figure autochtone, sur lequel on aurait suffisamment de renseignements. Il fallait aussi une certaine richesse iconographique. Elle a séché sur ce coup, mais après un moment elle a dit : « Il y a le Père De Smet ».
Ce dernier n’avait rien à voir avec l’Océanie ; c’était un jésuite belge ayant fait carrière aux Etats-Unis – une légende de l’Ouest, me dit Francina en substance. Je me renseignai sur l’homme, et très vite je me rendis compte de son importance. Il avait connu une vie d’aventures, romanesque en diable. Venu en Amérique pour évangéliser les Indiens, il s’était lié à de nombreuses tribus ; son courage, son humour, son honnêteté, son physique (c’était un colosse aux cheveux clairs, aux yeux d’azur, doté d’une voix de baryton impressionnante), tout avait fini par lui conférer un statut à part. Il intervint pour faire signer de nombreux traités de paix, devint l’ami de Sitting Bull, dont il reçut un calumet qui vient – je l’ai appris par hasard – de renter en Belgique pour prendre place dans la vitrine d’une descendante du Père De Smet.
Il y a au moins une ville qui porte son nom aux States, une rivière aussi. Son action mémorable n’était pas sans ambiguïté, puisqu’il poussait les Indiens à déposer les armes, ce dont les colons profitaient immédiatement pour envahir leurs territoires au mépris des traités. Quel sujet ! Quel personnage ! Avec l’appui de mon producteur, Novak Prod (nous travaillons en ce moment à un projet d’adaptation de Bjorn le Morphir), nous avons fait des pieds et des mains pour monter le film, obtenant une aide importante de la Communauté française… mais finalement le projet est tombé à l’eau. Pas. Il faut dire que nous étions ambitieux, envisageant deux tournages aux Etats-Unis (un en été, l’autre en hiver), des reconstitutions…
Depuis lors, je n’ai jamais cessé de penser au Père De Smet, me plongeant de temps à autre dans l’un de ses ouvrages – il écrivait bien, et ses récits de voyages, allègres, pleins de vie et de renseignements ethnographiques, valent le détour. Il serait bon que quelqu’un songe à les rééditer.
Lorsqu’on me proposa d’écrire une nouvelle pour la collection Archimède, à vocation pédagogique – la collection, pas mon texte –, j’ai aussitôt eu l’idée d’utiliser un épisode de la vie du Père De Smet. L’histoire que j’ai écrite s’inspire d’un voyage qu’il a fait en 1839 chez les Sioux Yanktonais, dans le but audacieux de leur demander de cesser leurs raids meurtriers contre les Potowatomies, Indiens auprès desquels il avait été dépêché par ses supérieurs. J’ai repris pas mal de détails, des descriptions, mais bien sûr j’ai changé l’essentiel. Le héros, d’abord, n’est pas un jésuite mais un orphelin de treize ans. Celui-ci, accompagnant un Père jésuite nommé Verboom, va faire quelque chose, accomplir un acte d’héroïsme, qui est pure invention de ma part…

Voici le texte de la 4ème de couverture :

En 1839, les Indiens Potowatomis ont été chassés de leurs terres du Michigan par les Blancs. Ils se retrouvent dans l’Iowa, aux confins du territoire des Sioux. Ces derniers, qui sont parmi les dernières nations libres, leur font la vie dure. Ils surgissent comme l’éclair au milieu des campements potowatomis, tuent et scalpent quelques hommes, avant de repartir en hurlant. Un jour, une délégation de Potowatomis demandent au Père Verboom, un jésuite, de se rendre chez les Sioux pour obtenir la paix. Le religieux accepte et part sans attendre, accompagné d’un garçon dont il est le tuteur : Billy Vos. Après une croisière mouvementée sur le Missouri, les voyageurs s’enfoncent dans les terres vierges. Ils parviennent au camp des Sioux Yanktonais. C’est là, devant les « sauvages » rassemblés, que le jeune Billy va accomplir un geste fou…

En 1839, les Indiens Potowatomis vivent aux confins du territoire des Sioux. Ces derniers leur font la vie dure ; ils surgissent comme l’éclair, tuent et scalpent quelques hommes, avant de repartir en hurlant.
Un jour, une délégation de Potowatomis demande au Père Verboom, un jésuite, de se rendre chez les Sioux pour obtenir la paix. Le religieux accepte et part sans attendre, accompagné d’un garçon dont il est le tuteur : Billy Vos.
Après une croisière mouvementée sur le Missouri, les voyageurs s’enfoncent dans les terres vierges. Ils parviennent au camp des Sioux Yanktonais. C’est là, devant les « sauvages » rassemblés, que le jeune Billy va accomplir un geste fou…

Extrait du livre :

Les cris venaient de partout à la fois. « Les Sioux ! Les Sioux ! », voilà ce qu’on entendait. C’était la même histoire à chaque printemps : les terribles guerriers arrivaient du nord pour tuer.
Je me cachai avec mon ami Deux-Serpents dans un fourré. Une femme et un vieil homme s’y trouvaient déjà. Nous attendîmes tous les quatre, pétrifiés par la peur.
Encore des cris. Des bruits de course, de galopades ; puis, le silence. Les minutes passent sans que personne n’ose bouger. Finalement, je jette un regard à Deux-Serpents, qui hoche la tête de manière entendue. Nous nous apprêtons à sortir, quand un cavalier passe en trombe en poussant des hurlements.
- Il avait un scalp, chuchote Deux-Serpents un peu plus tard.
Je n’avais rien vu ; j’avais le vertige et une envie furieuse de soulager ma vessie.

Des maisons saccagées, des femmes et des enfants errants en silence, l’air hagard… Les hommes, quant à eux, discutaient par petits groupes. L’un brandissait un casse-tête, l’autre, un fusil rouillé ; la plupart restaient les bras ballants, honteux d’avoir eu si peur.
Nous apprîmes de la bouche d’une fillette que deux jeunes hommes avaient été tués et scalpés. Soudain, un groupe s’ébranla, prenant la direction de l’église. Tout le village leur emboîtait le pas, et, bien sûr, Deux-Serpents et moi, nous suivîmes le mouvement.

Je me nomme Billy Vos et, à l’époque de ces événements, au printemps de 1839, j’avais treize ans. Je n’avais jamais connu ma mère ; quant à mon père, trappeur de son état, il m’avait laissé à un jésuite, le Père Verboom, qui se chargeait de mon éducation. Je vivais à Council Bluffs, Iowa, auprès des Indiens Potawatomis.
Le Père Verboom, personnage colossal, doté d’un ventre énorme, dur comme la pierre, s’employait à faire des Potawatomis de bons catholiques. Il n’y parvenait pas vraiment, mais les Indiens l’appréciaient beaucoup. Ils admiraient sa force, son courage, appréciaient son humeur égale et sa franchise. Personnellement, j’aimais le Père Verboom de tout mon cœur.
Nous étions plus de cent à gravir la colline où se dressait l’église, un ancien fort. Le Père Verboom, que les Indiens appelaient Robe-Noire, comme tous les jésuites, accueillit la procession à bras ouverts. Apprenant la mort des deux jeunes hommes, il versa des larmes. Une telle émotivité avait de quoi surprendre chez une personne de sa trempe ; elle faisait partie de son caractère et ne choquait pas les Indiens, qui eux-mêmes n’ont pas honte de pleurer en public.
Le soleil déclinait, je me souviens. C’était l’heure où les grillons se taisent. On disposa des tonneaux vides en cercle, et le Père Verboom s’assit avec plusieurs chefs. L’un deux, appelé Celui-qui-ne-Dort-Pas, s’adressa à lui au nom de tous :
- Depuis que les Blancs nous ont chassés de nos terres de l’Est pour nous forcer à vivre ici, les Sioux nous veulent du mal. Nous sommes sur leur territoire et c’est pour ça qu’ils tuent nos fils. Robe-noire, va leur parler. Dis-leur que nous implorons la paix !
À l’origine, les Potawatomis vivaient dans les régions du Haut-Mississipi et dans le Michigan – loin, bien loin de Council Bluffs.
Le Père Verboom réfléchit un moment. Se rendre chez les Sioux, nation libre et indomptée, il fallait oser. À vrai dire, c’était pure folie.
- J’irai voir les Sioux, annonça le Père Verboom néanmoins.
Il y eu des cris de joie dans l’assistance.
- Je ne pensais pas qu’il accepterait, dit Deux-Serpents à côté de moi.

J’ai réalisé une trentaine d’illustrations pour le livre ; la mise en couleur a été faite à l’aquarelle, avec des touches de gouache. Pour une fois, donc, mon complice Denis Roussel n’est pas intervenu – sauf sur la couverture afin de la rendre plus mystérieuse. Ah, j’oubliais : c’est également lui qui a habillé la carte et l’a mise en couleur. Ce document est, précisons-le, un faux inspiré d’une carte d’époque. Petite anecdote à ce sujet : alors que nous placions les noms de tribus, si poétiques – Cœurs d’Alène, Pends d’Oreilles, Arcs Plats, Chaudières –, Denis se tourne vers moi. « Et si on mettait les Têtes de Nœud, me propose-t-il. Personne ne le verrait. » J’étais tenté, je vous l’assure !…

Pour ceux que le Père De Smet intéresserait, il existe deux biographies à ma connaissance, dégotables uniquement chez les bouquinistes ou sur Amazone, e-Bay, etc.

- R.P. Laveille, Le P. De Smet (1801-1873), H. Dessain Editeur, Liège, 1913.
- John Upton Terrell, Robe-noire, vie de Pierre De Smet, missionnaire, explorateur et pionnier, Wesmael-Charlier, coll. Ici et Ailleurs, Namur/Paris, 1969.

Le texte le plus facilement accessible, excellente introduction à De Smet et lecture jouissive, est un chapitre du livre de Jean Lacouture : Les jésuites, une multibiographie. C’est dans le tome II, je ne peux vous dire à quelles pages, ayant prêté mon exemplaire.

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Le Père De Smet (1801-1873)

Comme c’est la traditions dans la collection Archimède, J’irai voir les Sioux est suivi d’un dossier pédagogique abondamment illustré. Dû à Michel Marbeau, le texte se focalise sur les Sioux, leur histoire, leur mode de vie, leurs chefs les plus célèbres…

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Sitting Bull, le grand chef sioux

 

Lisez l'article de Laurence Bertels dans la Libre Belgique (paru le 30 mai 2011) :

http://www.lalibre.be/culture/livres/article/664041/allon...

11:12 Écrit par Thomas Lavachery dans Mes albums | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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