24/04/2013

Bjorn illustré

J’avais depuis longtemps l’envie d’agrémenter mes romans d’images. Je suis aussi dessinateur, comme vous le savez, et bien souvent le crayon me démange.

J’ai songé d’abord à un vaste projet concernant toute la saga bjornienne, mais pour l’instant je me suis contenté d’illustrer le premier tome. Cette nouvelle édition est sortie en septembre 2010.

Cela fait des lustres que je réfléchissais à cet exercice difficile : l’illustration de roman. Je me souviens du jour où j’ai appris qu’un grand texte de la littérature française, l’un de mes livres fétiches, à l’époque, allait être illustré par une pointure de la bande dessinée. Je suis allé dare-dare en librairie pour acheter l’ouvrage dès sa sortie. Et, contre toute attente, j’ai été franchement déçu – sans bien comprendre pourquoi, dans un premier temps, car les dessins étaient beaux.

Petit à petit, j’ai réalisé que les illustrations prenaient trop de place. Lorsque nous lisons, nous nous fabriquons des images mentales, proches de celles de nos rêves. Ces images n’ont vraiment rien de la précision photographique : elles sont vagues, imprécises, mouvantes – et néanmoins elles possèdent un charme précieux. Or les personnages et les décors de BD sont trop descriptifs, trop envahissants. Les images proposées entraient en concurrence avec mon imagination de lecteur.

J’étais d’autant plus déçu que j’adore les romans illustrés. On en édite beaucoup moins que par le passé (sauf pour les plus jeunes), et c’est bien dommage. Tout à mon regret, à ma déception, j’ai repris quelques bons vieux Jules Verne démantibulés. Et comme toujours, les illustrations m’ont transporté. Contours imprécis des objets, enchevêtrement de traits innombrables, formant comme des oasis de pure abstraction, ombres omniprésentes, personnages souvent réduits à des silhouettes,  perdus dans des décors immenses, vapeurs et fumées… tout ce langage graphique compose des images qui tiennent de l’évocation, et qui accompagnent merveilleusement nos créations mentales. Au lieu de cadenasser l’imaginaire, pour reprendre une expression d’Albert Migelgrun*, elles lui donnent des ailes. Dans quelle mesure les illustrateurs de Verne, les Edouard Riou, Léon Benett, Jules Ferat et autre Adolphe de Neuvile ont-ils intellectualisé leur réussite, je l’ignore. Existe-t-il des penseurs de l’illustration au XIXe siècle ? J’aimerais bien le savoir.


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 Voyage au centre de la terre, illustration d'Edouard Riou

Toujours est-il que c’est en ayant leur exemple à l’esprit que j’ai travaillé. Mon souci constant a été d’évoquer et non de décrire par le dessin. J’espère y être parvenu – j’espère surtout, chers lecteurs, que le nouveau Morphir trouve - ou trouvera - grâce à vos yeux.

Le livre compte trente-huit illustrations en tout, dont vous trouverez ci-dessous trois exemples (voir aussi mon récent article dans l’actu).

* Céline-Tardi : de la fiction narrative à la fiction dessinée, Actes de la société d'études céliniennes, Tusson, Du Lérot, 1991.

 

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Dizir danse avec la mère de Bjorn (grotte aux geckos)

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Arrivée du père de Bjorn au début du livre

En-route-vers-la-Ranga

Bjorn et ses compagnons en route vers la Ranga dévastée

10:29 Écrit par Thomas Lavachery dans Le Morphir illustré | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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